
Nous étions assis dans une grande pièce très lumineuse, nous étions trente, le uns en train d’écrire sur des bureaux et les autres sur de longues tables confortables. A travers la fenêtre, on pouvait voir de grands arbres feuillus, des pelouses vertes et des zones plus colorées. Nous étions en juin et beaucoup de plantes étaient en fleurs. Cela date d’il y a longtemps, à une époque différente de ma vie. Je me remettais à peine de la mort subite de mon mari. J’étais en voie de devenir psychothérapeute. Je n’avais jamais entendu parler de PNL (Programmation Neuro-Linguistique) ou d’hypnose Ericksonienne, deux modèles de connaissance qui allaient façonner ma vie, mes pensées et mon travail et ce de manière significative.
J’étais au début de ma formation de clinicienne en Analyse Transactionnelle. Comme un enfant curieux qui aime explorer, j’avais envie [de découvrir toutes les approches de la thérapie, du développement et de la croissance personnelle. L’écriture du Journal de Progoff était l’une de ces découvertes J’étais intriguée et excitée de cette opportunité. -
L’idée de passer trois jours à écrire m’effrayait un peu. Je ne suis pas écrivain. Je n’avais jamais écrit quoi que ce soit excepté quelques notes auto indulgentes et sporadiques dans un carnet intime ou quelques lettres d’amour à des garçons dont je ne me souviens plus du nom !
L’animatrice de l’atelier était confiante et calme. Elle racontait des histoires, parlait de l’écriture « façon Progoff » – comme d’un phénomène complètement naturel qui était simplement un moyen d’entrer en relation avec soi-même. (Tout en écrivant ces mots, trente ans plus tard, je me demande si ce n’était pas là le début de mon travail fondamental avec l’inconscient et l’estime de soi – je définis l’estime de soi comme la relation avec soi-même). Ayant suivi des cours de psychologie, je connaissais la définition intellectuelle du mot « subconscient », ce que j’appelle aujourd’hui « l’inconscient ». Mais je n’avais pas fait l’expérience réelle de l’inconscient. L’animatrice de l’atelier nous donna des petites tâches à accomplir, quelques brèves méditations (que l’on n’appelait pas comme cela) et nous commençâmes à écrire dans un classeur spécial qui nous avait été fourni au début du séminaire.
Tout était préparé de telle façon que tout était facile, il n’y avait pas de jugement, tant et si bien que dans les heures qui suivaient j’écrivais !
Alors que les heures s’envolaient, je n’étais pas seulement en train d’écrire mais d’écrire de mon être intérieur, de mon inconscient et je ne réalisais pas cela de façon cognitive à cette époque. L’atelier en lui même procurait un environnement rassurant et totalement acceptant. Il était structuré de telle manière qu’il me permettait de me connecter à mon être essentiel le plus profond et de commencer à exprimer cette connexion avec des mots.
Au début du troisième jour, j’eus une expérience extraordinaire.
Mon mari était décédé prématurément deux ans plus tôt. Après six mois d’effondrement, je recollais les morceaux de ma vie, je m’occupais de mes enfants, je travaillais tout en retournant sur les bancs de l’école car je voulais devenir psychothérapeute. J’étais sur le chemin de la reconstruction.
Alors que j’écrivais en réponse à la suggestion de l’animatrice (Je ne me souviens malheureusement plus de la teneur de cette suggestion) je me souviens avoir eu une expérience d’écriture automatique en provenance directe de mon inconscient, sans tenir compte mon esprit conscient. Je ne me rendis pas compte que j’étais en train d’écrire jusqu’à ce que je revienne dans « la réalité ». J’avais écrit un message que Lenny (mon défunt mari) m’avait envoyé. Il me disait qu’il se sentait bien et qu’il était prêt à partir mais qu’il ne pouvait pas le faire tant que je ne serais pas prête à le laisser aller. Il ne lui restait plus qu’à attendre tout en veillant sur moi ; il savait que j’étais « ok » et que je serais « ok » par après. Il me demanda de croire en ce qu’il disait, d’avoir confiance et aussi de savoir qu’il était bien.
Il était temps pour moi de le libérer pour qu’il aille vers sa destinée, quelle qu’elle fut. J’ai pensé qu’il était temps que je me détache de lui et que j’accepte la tragédie de sa mort. En relisant ces mots, je réalisais que je ne lui avais pas réellement dit « au revoir ». Je n’étais pas capable de passer cette porte et d’aller vers une vie nouvelle et encore inconnue. Je sus alors ce que j’avais à faire et malgré que la tristesse et la douleur, j’étais finalement prête : « J ‘avais saisi. »
J’avais écrit ces mots, ils venaient de moi, je n’étais pas un « canal » de Lenny, je n’étais pas en train de faire l’expérience d’un phénomène psychique. Je sais que pendant les trois courtes années que nous avions passées ensemble nous étions profondément connectés. L’acceptation inconditionnelle que cet homme avait pour moi créait l’environnement dans lequel nos cerveaux inconscients pouvaient se connecter.
Et l’atelier d’Ira Progoff avait créé l’espace et l’environnement dans lequel j’étais libre de connecter, accepter et recevoir de la communication de mon esprit inconscient.
Merci Lenny pour tout ce que tu m’as donné et tous mes remerciements à l’atelier de Ira Progoff pour la guidance et l’opportunité qu’il m’a donné d’entrer en relation avec mon inconscient d’une façon réelle et concrète.
Anné Linden est directrice du New York Training Institute, psychothérapeute, auteur et formatrice internationale en PNL, hypnose Ericksonienne et au Modèle des Frontières dans les Relations Humaines (www.annelinden.org) © traduction Didier Barbieux